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Valeur d'un patrimoine
Mais le nombre des possessions de François de Grignan et leur illustre origine expliquent tout au plus que la marquise ait pu croire que son futur gendre avait " du bien ". Pour décider si F. M. de Sévigné a fait ou non un " riche " mariage, il faut essayer d'en fixer la valeur et d'en déterminer les revenus. L'entreprise n'est pas sans difficultés, car pour la valeur des terres du comte, nous ne possédons aucun état, même approximatif, de ce qu'il possédait au moment de son mariage. Il a donc fallu faire appel à des documents différents selon les biens envisagés, et de dates relativement tardives.
Deux terres ont été vendues du vivant de François de Grignan. Nous donnerons pour elles la valeur fournie par les actes de vente. Le premier, du 19 août 1682, concerne la terre de Saint-Roman-de-Mallegarde, en Comtat Venaissin, que fut cédée à Pierre Labeau de Bérard, baron de Macla pour 69 000 livres. Le second, du 12 février 1714, traite de l'aliénation du marquisat d'Entrecasteaux à Raymond de Bruny pour la somme globale de 255 700 livres, y compris 5 700 livres de pot-de-vin. Pour le reste des biens, nous avons retrouvé le procès-verbal des options effectuées par les créanciers de la succession de François de Grignan sur les biens de l'hoirie. Comme ce procès-verbal renvoie le plus souvent aux prix d'une estimation générale de ces biens en date du 24 février 1728, il remédie à peu près à la perte de cette estimation. Pour la terre de Grignan proprement dite, ce document fournit à la fois le détail des valeurs de ses diverses parties et sa valeur totale, et, pour les terres de Languedoc, le prix d'ensemble de chacune des deux parts qui en furent alors faites.
Pour les autres biens, ce document donne la liste des sommes affectées sur chaque bien à certains créanciers, payables par celui à qui le bien a été attribué. Aux sommes ainsi payées, il faut donc ajouter le montant de la dette due au créancier délivrataire du bien. Dans le cas de Peyroles et Mousteiret, il a été facile de porter la valeur de la créance de l'acquéreur, Valbelle-Tourves, que l'on connaît par ailleurs, sans pouvoir tenir compte cependant des intérêts qui avaient pu s'y ajouter. Il n'a pas été possible de faire de même pour Mazargues ni pour Colonzelles, Montségur et Aleyrac, car on ignore le montant des créances de ceux à qui ces terres échurent avec charge de rembourser les autres créanciers. Leur omission n'est vraisemblablement pas de nature à modifier l'ordre de grandeur de l'évaluation globale des biens du mari de Françoise-Marguerite, étant entendu qu'il s'agit ici de leur valeur minimale.
On peut se demander si, en plus de ses terres, Grignan ne possédait pas d'autres revenus, provenant par exemple de constitutions de rentes sur des particuliers ou sur l'hôtel de ville ou autre institution de ce genre. Les documents d'archives ne font apparaître qu'un revenu relevant de cette catégorie, la rente d'un capital de 20 000 livres dues par la famille de Ventadour. Les difficultés financières des Grignan, qui les contraignirent à emprunter sans cesse, rendent plus qu'invraisemblable qu'ils aient pu tirer des revenus de prêts consentis à autrui.
Un actif d'un million sept cent mille livres
Au total, les biens fonciere du comte de Grignan atteignaient donc environ 1 500 000 livres selon leur valeur d'estime de 1726, ou leur prix de vente de 1682 et 1714. La vente de Saint-Roman n'intervenant que pour une faible part dans le calcul, à peu près toutes les estimations sont faites pendant une même période de quatorze ans, ce qui leur confère une certaine homogénéité. Mais dans une liquidation comme celle de l'hoirie de François de Grignan, les prix d'estime étaient souvent inférieurs de 10 à 20 % à la valeur réelle des biens. Il faut en tenir compte et porter aux alentours de 1 700 000 livres la valeur des terres du comte au moment de son décès.
Que vaut ce chiffre par rapport à leur valeur de 1669, date de son mariage avec F. M. de Sévigné ? Les prix varièrent souvent dans l'intervalle, et s'ils avaient beaucoup décru aux environs de 1690, ils tendaient à s'élever depuis 1710. Tous les baux d'arrentement de terres provençales que nous avons rencontrés semblent même indiquer qu'entre 1720 et 1730 les terres rapportaient en valeur absolue au moins 10 % de plus qu'en 1660-1670. Comme le prix des terres se calculait le plus souvent sur le prix des fermages, la valeur des biens de François de Grignan lors de son mariage devait être inférieure d'environ 10% à leur valeur de 1728. Ce qui la ramènerait à 1 550 000 livres. A condition de ne prendre ce chiffre que comme une approximation qui donne, sans plus, un ordre de grandeur, on peut considérer qu'en 1669 François de Grignan possédait autour d'un million cinq cent mille livres en terres.
Il s'y ajoutait le prix de la charge de lieutenant général en Languedoc qu'il exerçait alors, et qu'il avait payée 213 000 livres en 1663. Ce qui porte à plus d'un million sept cent mille livres le montant total de la fortune du comte. On comprend qu'il ait pu paraître riche à Mme de Sévigné qui, en réunissant les biens des Sévigné et des Rabutin à son héritage des Coulanges, n'avait à la même époque qu'à peine 800 000 livres.
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